vendredi 1 juin 2018

Les grands cambriolage à l'hotel des monnaies de la bibliotheque Royale qui ont appauvri notre patrimoine

Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir  jean de la Fontaine
Dans cette Histoire, la vicomtesse n'écopa d'aucune peine, ses deux complices ont fini au Bagne.


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Il y eut un précédent, le 17 février 1804, de nuit, durant laquelle les pompiers de garde en faction sous le local du Cabinet, dormaient. Les voleurs s'introduisirent en passant par l'arcade Colbert à l'aide de perches. 

Un malheureux événement marqua cette année, ce fut le vol de quelques-uns des plus beaux monuments du Cabinet, qui eut lieu dans la nuit du 16 au 17 février. Ce vol fut exécuté d'une manière très-hardie. Le principal personnage de l'association était un nommé Giraud, qui avait pour complice un cocher de fiacre dont la voiture, arrêtée au coin de la rue Colbert, avait amené une de ces longues perches de maçons qui servent aux échafaudages. La perche fut dressée dans l'angle du bâtiment, et le voleur se hissa, au moyen d'un mouille, jusqu'à la hauteur de la croisée du Cabinet. Malheureusement, il n'y avait pas alors de corps-de-garde, et les croisées n'avaient point de volets. On a pris depuis les précautions convenables pour éviter de pareils accidents . Le voleur brisa une vitre, s'introduisit dans le cabinet, et enleva les objets les plus précieux : l'agate de la Sainte-Chapelle, le vase des Ptolémées, la couronne d'Agilufus, le calice de l'abbé Suger, et plusieurs vases d'agate provenant du trésor de Saint-Denis, le poignard de François Ier, enrichi de camées sur coquilles ; deux couvertures d'évangéliaires en vermeil, un diptyque d'ivoire .

Sa cupidité même trahit ses espérances, car les monuments célèbres dont il s'était emparé furent reconnus en Hollande par la personne à qui il voulait les vendre. Les voleurs furent arrêtés, et subirent au bagne la peine de leur crime.

Giraud avait voulu tromper ses associés, il avait détourné la coupe des Ptolémées qu'il avait été cacher dans le jardin de sa mère , honnête paysanne du village d'Ornoy, près Laon, où ce monument fut retrouvé enterré sous une haie.

Ces objets furent restitués au Cabinet au mois d'avril de la même année, excepté la couronne d'Agilufus, qui avait été fondue, ainsi que les montures des vases et celle de l'agate de la Sainte-Chapelle ; le calice de l'abbé Suger, qui fut vendu à M. Townley (ci-dessus, p. 166), et le poignard de François Ier, dont on n'a jamais eu de traces non plus que du diptyque.



Au mois de mai, le Cabinet reçut cent quatre-vingt-deux pièces d'or de la première race des rois de France, qui avaient été trouvées dans les ruines de l'ancien Palais de justice de Bordeaux,

Histoire du Cabinet des Médailles par Dumersan et Marion


Grand Camée de France ou grande Sardonyx

A l époque la liste fut publiée , dans les oeuvres volées les plus importante , il y avait la grande Sardonyx, La BNF la décrit ainsi:
Camée gravé de vingt-quatre figures, réparties sur trois registres.

registre supérieur :
Les morts héroïsés: au centre, Auguste, le fondateur de la dynastie, entouré par Drusus II à gauche et par Germanicus s’envolant, monté sur Pégase.
registre médian :
Le monde des vivants: les descendants et héritiers potentiels d’Auguste. L’empereur Tibère (14-34 ap. J.-C.), au profil caractéristique, est au centre, accompagné de sa mère, Livie. Nero Drusus (autrefois Germanicus), Drusus III et Caligula sont aussi présents.
registre inférieur :
Les captifs barbares, Parthes au bonnet phrygien et Germains aux cheveux longs.
L’identification de certains personnages reste controversée, mais les visées politiques de cette œuvre de commande sont claires : il s’agit d’affirmer la continuité et la légitimité de la première dynastie de l’Empire romain, celle des « julio-claudiens ».
Ce camée, le plus grand que l'antiquité nous ait légué, a suivi le centre du pouvoir de Rome à Constantinople, où il a été serti dans une monture byzantine en bois à décor émaillé et doré. En 1247, il fait probablement partie de l’envoi de reliques par Baudoin II à Saint Louis, et est cité dans le premier inventaire de la Sainte Chapelle, avant 1279. Mis en gage en 1343 par Philippe VI auprès du pape Clément VI, restitué par Charles V en 1379 à la Sainte Chapelle - complété à cette occasion d’un support en argent doré avec les figures des douze apôtres - il est déposé sur ordre de Louis XVI au cabinet des Médailles le 1er mai 1791. Volé en 1804, il est retrouvé à Amsterdam, privé de sa monture, fondue et restitué au cabinet des Médailles en février 1805. Une nouvelle monture en bronze doré est exécutée par Delafontaine en 1807.



Mais aussi le Calice de Suger qui malheureusement pour la France est conservé désormais à la 
National Gallery of Art aux USA.

Apparemment le Musée Britannique l aurait refilé à la National Gallery?????


C'est une coupe en  sardonyx avec monture en argent lourdement dorée, ornée de filigranes serties de pierres, de perles, d'incrustations de verre et de perles de verre blanc opaque.

Les civilisations anciennes et médiévales, les merveilles de la nature et le savoir-faire artisanal convergent dans ce calice, qui a été créé pour contenir le vin sacramentel à l'église abbatiale de Saint-Denis près de Paris. La coupe de sardonyx a été sculptée à Alexandrie, en Egypte, dans une forme cannelée (cannelée) qui révèle des motifs tourbillonnants dans la pierre. Quelque douze cents ans plus tard, s'efforçant de remplir l'abbaye royale française d'une splendeur céleste, l'orfèvre Suger plaça la coupe en argent doré et l'orna de pierres précieuses et de perles pour la messe. Le Christ solennel dans un médaillon sur le pied apparaît entre les lettres Alpha et Omega, le début et la fin..











Et puis le "Vase des Ptolémées et cinq autres oeuvres considérés comme majeure et invendables.



Si la partie gemme fut retrouvée, il manquait (comme on peut le voir sur cette gravure) le socle en or 

La coupe des Ptolémées est un Canthare (ancien vase à doubles poignées) constitué d'un camée monolithe de Sardonyx conservé au Cabinet des Médailles de la BNF à Paris. Elle faisait partie du trésor de Saint Denis. Elle fut volée le 17 février 1804, retrouvée enfoui dans un jardin du bourg de Rozoy sur Serre le 14 novembre 1804 mais sans ses ornements carolingiens en or et pierres serties.
La coupe, est, un chef-d'œuvre de la taille et de la gravure de pierre de l'antiquité. Elle est décorée avec des vignettes représentant la préparation d'une cérémonie en l'honneur de Dionysos réalisée probablement à Alexandrie entre le 1er siècle avant et le 1er siècle après Jésus-Christ. Elle a acquis son association avec les Ptolémées après sa description faite par Jean Tristan de Saint-Amant qui croyait qu'elle avait été confectionnée sur commande de Ptolémée II, pharaon de la dynastie Ladige

En 1634, elle était estimé à 25 000 livres (pour comparaison, le calice de Suger(cité plus haut) était évalué à 1 200 livres à la même époque).
Au début du Moyen Âge, la coupe fut utilisée comme calice. Durant l'ère carolingienne son pied fut orné de grosses perles, saphirs, émeraudes et rubis, désormais disparus et connus seulement par une gravure qu'en fit Michel Félibien.

De 1804 à 1831, les précautions furent elles prises pour protéger mieux notre extraordinaire collection? 

Il semble que non puisque au matin du 6 novembre 1831, un nouveau vol, considérable eut lieu.
Les plus belles médailles d'or de la "Suite impériale" et plusieurs objets de de haute origine avaient disparu. Très vite on constata la disparition du vase de Noyon, la grande Patère de Rennes, l anneau de Chidéric, la coupe de Charlemagne etc plus des centaines de pièces difficiles à estimer mais que Mr Roux Seysset évalua rapidement à deux millions de francs de l'époque.




09-11-1831 article savoureux du Figaro

On commença par demander la tète du conservateur, M. Raoul Rochette. Casimir Périer, président du Conseil, estima que cette sanction serait excessive et il se borna à recommander le plus grand zèle à deux policiers dont les noms sont demeurés célèbres Vidocq et Coco Latour.
Mr Gisquet, préfet de police de Paris avait convoqué le conservateur des Monnaies et Médailles, mais aussi Vidocq ,célèbre ex-bagnard et chef de la Police.
Un homme étonnant d ailleurs ce Henri Joseph Gisquet qui fut un banquier, un industriel, un haut fonctionnaire et, un homme politique français, et un prefet de police, pas tendre du tout.
Gisquet avait donc convoqué ces deux hommes rue de Jérusalem à Paris, ne la cherchez pas, longue de 58 m, la rue se trouvait à l'extrémité ouest de l'île de la cité. Elle commençait au quai des orfèvres et finissait rue de Nazareth (rue disparue qui donnait accès à la cour de la Sainte chapelle). Elle ne disparaît réellement qu'en 1883 quand le palais de justice est reconstruit. L'entrée de cette rue se trouvait au lieu qui est aujourd'hui le 36 quai des Orfèvres , mais les derniers services de la police judiciaire ont déménagé en 2017 pour aller porte de Clichy.



. En 1831, la patère de Rennes fait partie du grand vol commis au Cabinet de Médailles, mais elle est retrouvée par miracle au bord de la Seine, sous le pont Marie quelques temps après.


Patère de Rennes: Voir à la fin de l article*



Les premières constatations  firent apparaître que "le ou les" (à ce moment on ignorait tout) voleur, avait pénétré dans la bibliothèque Royale ( Louis Philippe avait été intronisé Roi en 1830) en grimpant le long des gouttières pour monter d'abord sur le toit de la "Trésorerie" située rue neuve des petits champs au coin de la rue de Richelieu là ou était installée la bibliothèque Royale.
Après , sautant de toits en toits "il ou ils" avaient brisé le carreau d une mansarde  et de là pénétré dans la salle des livres imprimés.
Restait a franchir une épaisse porte de chêne pour pénétrer dans le cabinet des médailles, avec une scie ils avaient découpé la porte de façon a laisser juste passer un homme.....
Ils n avaient plus qu'a se jouer des serrures des médailliers.
Butin deux mille médailles  d'or et des pièces uniques



le JDD du 30-07-1831

En effet Vidocq avait constaté qu' ils étaient repartis le long d une corde , pour se retrouver dans la rue de Richelieu, l heure du crime fut fixée dans une fourchette entre deux et quatre heures du matin.

Ils avaient laissé sur place, une lanterne sourde...
Une lanterne sourde est une lanterne dont certaines parois sont opaques, de telle façon que celui qui la porte puisse voir sans être vu et masquer complètement la lumière en cas de besoin. Ils avaient laissé aussi la scie, un véritable chef d oeuvre, petite, réalisée avec un acier très pur, mordante et résistante.
Vidocq assura au préfet de police que les bandits avaient signé leur forfaiture. N oubliez pas que Vidocq était un ancien forçat , qui connaissait toute la pègre, et d emblée, un seul pouvait effectuer ou commanditer ou diriger un tel cambriolage "avec tant d ampleur, d'audace, de précision et un outil aussi parfait."

Le soir même, ces limiers de choix mettaient la main sur deux individus dont ils avaient cru reconnaître les procédés, l'un, forçat évadé, nommé Fossart,  l'autre, forçat gracié, nommé Drouillet Les prisonniers n'avaient sur eux aucun des objets volés, mais seulement une somme de huit mille francs. Ce n'était pas assez pour les inculper. C'était assez pour les soupçonner. Vidocq, par une audacieuse initiative, remit en liberté Drouillet, se réservant de le filer, et renvoya Fossart au bagne. La filature ne fut point vaine. Car elle permit d'établir que l'ancien forçat était en relations suivies avec une dame fort élégante, la vicomtesse de Nays connue pour son intimité avec de puissants personnages politiques. On vit un jour la vicomtesse partir pour Brest, ou Fossart était emprisonné, avec la femme. d'un nommé Drouhin, chez qui logeait Drouillet. Le cercle semblait se resserrer. On arrêta toute la bande. Cette fois encore, pourtant. les preuves allaient manquer,  la vicomtesse reconnaissait avoir reçu quinze mille francs pour obtenir la libération de Fossart, mais défiait les magistrats de prouver sa complicité dans le vol de la Nationale,
D'après Vidocq c'était Fossard dit Bonnet Rouge, vieux cheval de retour, trois fois évadé du bagne, d une force herculéenne, calme et narquois

Il avait un frère Horloger rue Saint Martin, depuis 1810,  très bien considéré par ses collègues qui prétendait n'avoir plus de relations avec son frère, mais Vidocq savait que ce n'était pas vrai.
Après une première évasion, ce fut Vidocq lui même  qui avait repris Fossart, et il savait que Fossart
 avait passé quelques jours chez son frère.




Le frère avait il participé? avait il recélé des pièces  volées? la perquisition chez lui ne donna rien.
Il les recela, en effet, mais ayant appris quelques heures plus tard l'arrestation des coupables, il prit peur et alla jeter la plus grande partie du trésor dans la Seine, près du pont de la Tournoie(pont marie). Ce qui tenait moins de place, l'inquiétant encore, il le fit fondre.

Effectivement, les agents retrouvèrent dans sa cave soixante-quinze lingots d'or et d'argent. C'était tout ce qui restait du trésor de Childéric  et de beaucoup d'autres merveilles


Il fallait donc retrouver Fossart qui avait quitté Brest  depuis deux mois. 
Vidocq avait parmi ses agents secrets un dénommé Coco-Lacour, un ancien bagnard lui aussi, Vidocq le fit venir à la préfecture et comme Coco-Lacour avait un vieux compte à régler avec Fossart qui datait du temps ou ils étaient tous deux"à la boucle" au bagne de Brest!!!
C'est tout a fait par hasard que Coco-Lacour croisa un homme très bien vêtu sur le boulevard Poissonnière, il avait croisé cet homme  mais son cerveau ne fit qu' un tour lorsqu il remarqua sa démarche claudicante des hommes qui ont eu l' habitude de traîner le boulet au bagne. 
Pas question de l arrêter en plein boulevard surtout que Fossart aussi l avait reconnu, et l' entraîna dans une suite de petites ruelles ou la faune locale protégerait Fossart mais pas Coco Lacour, indic de Vidocq.
Il employa une certaine stratégie  arrivé au coin de la rue des gravilliers et frappa Fossart à l épaule.
"Que voulez vous monsieur? Mossieur, je veux vous dire que vous êtes un misérable .Vous êtes l amant de ma femme". Fossart nia, poliment, Coco-Lacour insista  le traitant de Paltoquet et autres.
Coco sauta à la gorge de Fossart, qui voulut fuir, mais des sergents de ville emmenèrent les deux combattants. Dans le bureau du commissaire, Fossart l' air goguenard nia, un seul moyen demander au commissaire de vérifier la marque du bagne , les deux lettres "P.T." marquées au fer rouge
Fossart avoua, mais refusa de donner l adresse de  son domicile.
Le préfet de police accourut, rien n'y fit Fossart n avoua rien, le Préfet de police le fit transférer à Bicêtre  en attendant le premier départ de la chaîne pour le ramener au bagne de Brest




1831-12-13 le Journal des débats nous fait part de l arrestation d'un homme qui détenait trois des médailles volées.

La "Chaine des bagnards" partit vers Chartres , et Fossart sachant qu' un des gardiens était un ancien Bagnard  lui donna une lettre  a transmettre, mais ce gardien voulant de l avancement le trahit.
Le gardien transmit la lettre de Fossart au directeur de la prison qui l adressa  au préfet de Police.
Elle était adressée au frère de Fossart qui lui demandait d aller voir la "Daronne"(en argot) et de la prier de venir a Brest pour lui apporter 25000 frs pour pouvoir s'évader.
Coco-Lacour "fila" l horloger et sa filature le conduisit rue Férou devant l hôtel de Madame la Comtesse de Nays




Qui fut la comtesse de Nays??

Delphine Jacquot d’Andelarre, née à Malte  en 1797 et morte à Paris le 6-10-1860 appelée communément la vicomtesse de Nays-Candau, était une amie de la reine des Français. Elle est à l'origine du vol gigantesque du Cabinet des médailles de la bibliothèque Royale.
Pourtant receleuse , elle échappa a tout châtiment en raison de ses hautes relations, mais j y reviendrais plus loin.

"C'était nous"  apparentée à la meilleure noblesse, la cinquantaine, blonde fanée, mais encore très fine et un peu minaudière (rien a voir avec celle de Van Cleef et Arpels)
Son mari ancien officier de cavalerie, affaibli intellectuellement, disait elle, vivait dans une petite terre de famille, et ne venait jamais a Paris.
La comtesse s'occupait d oeuvres de charité, surtout dans les prisons et les bagnes, elle pénétrait partout, obtenait des adoucissements de peine, des grâces.
L archevêché la tenait en haute estime, très mondaine, elle recevait des personnages politiques tels que De Montalivet, homme d'état, pair de France,  ou Guizot, secrétaire général au ministère de la justice , écrivain,  ministre  etc etc etc ..




Plus de deux milles pièces en or volées



Vidocq fut surpris, interloqué, mais il ne se précipita pas , et fit surveiller les abords de son hôtel Rue Férou à Paris.
Rapidement, le surlendemain la comtesse, accompagnée de sa femme de chambre qui portait un sac de voyage, sortit tôt le matin de son hôtel, monta dans une voiture de place et se fit conduire au bureau des messageries, rue du temple, ou l attendait une berline tout attelée.
Le directeur des messageries vivement interviewé par Coco-Latour  se mit a table, la berline lui avait été commandée à prix d or pour Brest avec quinze relais.
Vidocq , prit sur lui, (ne dit rien au préfet de Police) et fit faire une petite perquisition dans l hôtel pendant l absence de la comtesse.
On apprendra plus tard que  madame de Nays avait reçu l'un des lingots d'or venant de la fonte des pièces, d'une valeur de quinze cents francs, pour ses frais de voyage à Brest.

Et là!!!!surprise!!!
Elle était tout simplement la caissière et le commissionnaire de l association des grands Fanandels, le "club " de la haute pègre. Ce mot de « fanandels » veut dire à la fois frères, amis, camarades. Tous les voleurs, les forçats, les prisonniers sont fanandels (Balzac, Splend. et mis.,1847).

Elle recélait leur argent, et les objets volés, transmettait leurs messages, procurait des asiles et l argent dont les malfrats avaient besoin.
Évidemment , elle touchait des mensualités, des parts sur les bénéfices si je puis dire.




Le 30-07-1832 le JDD rend compte de l enquête et on peut constater que la presse ne donne pas le nom de la Comtesse, en revanche on retrouve une partie du butin.


L enquête apprit que la femme de chambre  avait été plusieurs fois condamnée pour vol.
Vidocq avait devancé la comtesse vers Brest en brûlant les étapes, il l empêcha de pénétrer au bagne et la ramena à Paris 
A paris elle ne fut pas arrêtée, surveillée seulement,  Maurice Soulié à l époque nous explique  qu'elle avait " quelques accointances avec la haute police politique et savait elle trop de choses pour qu' on osât l' inquiéter"


Le procès commença le 14 janvier 1833 et ce furent des audiences bien parisiennes.


Portrait de Raoul Rochette le conservateur , en 1931
Portrait par le célèbre Ingres

Quand M. Raoul Rochette, cité comme témoin, déclina sa qualité de « conservateur » des médailles, le public éclata de rire et les journaux satiriques demandèrent qu'on changeât le titre de ce fonctionnaire, puisqu'un pénible événement venait d'infliger à ce titre un sanglant démenti.
Quand les gardiens reconnurent dans les voleurs des visiteurs assidus des collections qu'ils avaient coutume de saluer comme de vieux habitués, la gaieté grandit encore. Elle ne connut plus de bornes quand la vicomtesse, citée elle aussi (on n'avait pas réussi à l'inculper), déclara qu'elle avait promis au forçat Drouillet de lui faire obtenir un emploi au ministère de la Guerre.

L'audition de cette dame fut d'ailleurs un véritable vaudeville. Le président faisait des mots avec elle .Je me suis occupée de ces gens, disait-elle, uniquement en vue d'une bonne action. 

D'une donation, répliqua le magistrat, feignant d'avoir mal entendu. "Non, dit-elle avec une jolie moue; j'ai ma société."
 Et il fallut voir de quel ton dédaigneux la dame rembarra le même interlocuteur, quand il lui demanda si les deux forçats assistaient aux soirées qu'elle donnait et où fréquentaient des ministres. 


Abeilles du trésor de Childéric retrouvées dans la Seine


Elle fut assez embarrassée lorsqu'elle comparut comme témoin devant le jury. Un avocat faisant remarquer qu'elle invitait chez elle, à des bals et à des soirées, de grands personnages pour obtenir des grâces, un juré posa une question au milieu des rires " Invitiez-vous aussi les accusés, madame '? 


Fac similé de la bague de Childéric volée en 1831 et disparue


Les débats n'apprirent point comment on était entré dans la Bibliothèque nationale, ni combien il y avait de cambrioleurs. Fossart, le vieux forçat, âgé de' cinquante-deux ans. qui se disait .« ébéniste » et qui avait, parait-il,  jouit d'une considération distinguée parmi les voleurs en prison » secouait sa tête chauve et regardait les jurés d'un air ironique, et ses co-accusés aussi.

Douillet, lui, ne voulut rien avouer "Moi avoir volé à la Bibliothèque? Je ne sais même pas où elle est" Or, un cocher qui passait, la nuit du vol, dans la rue Colbert, le reconnut pour l'avoir vu porter sur les épaules un sac très lourd. Mais, pas plus que les ouvriers qui avaient vu la corde attachée à la fenêtre, il n'avait prévenu le moindre agent.de police.

Cachet de Childeric, Volé et retrouvé


L'avocat de Bonnet Rouge, M° Boniface Delcro, plaida une thèse bien singulière. Son client, condamné déjà en 1808, mais « par erreur, car il était innocent », est le plus honnête des hommes, et c'est parce-qu'il est un forçat innocent, condamné à tort, qu'il a volé à la Bibliothèque 
« Il voulait voter, pour pouvoir plus tard, en restituant les médailles à l'Etat, obtenir sa grâce, sa grâce qu'il mérite, puisqu'il est innocent Et c'est ainsi qu'il a été amené à prendre le vase de Renaud, le sceau de Louis XII, la patère de Rennes, et toute la collection des médailles de l'Empire romain en or »
Et le vieux forçat Bonnet Bouge approuvait dodelinant de la tête, et même fondant en larmes pour mieux souligner la plaidoirie de son avocat. Cela ne lui servit à rien. Le jury acquitta Je fils de l'horloger Fossard et Drouhin le serrurier, mais il condamna les autres. Alors, Bonnet, Rouge redevint 'l'homme des bagnes, il se dressa, féroce « Pour moi. mieux vaut la mort que les galères 1 Mais vous avez condamné mon frère pour recel. Il a plus de soixante ans, C'est une infamie J'aurais bien dû foutre le feu à la Bibliothèque"
"Allons allons calmez-vous," disait le président.
"Moi, me calmer, alors qu'on me condamne à perpétuité Vous êtes bien bon Je ne crains ni vous, ni la loi. Oui, j'aurais dû tout brûler Les employés auraient été compromis. Les Français sont des barbares  comme Napoléon. Moi, je n'ai jamais fait de mal à personne. Vous êtes,vous, les jurés, des monstres. "

"Tout cela ne pouvait pas sauver les coupables. Aux aveux du frère de Fossart, à la découverte des lingots dans sa cave, d'autres preuves en effet étaient venues s'ajouter. Des scaphandriers étaient allés plonger près du pont de la Tournelle et, avec un rare bonheur, ils avaient pu sauver une partie des objets volés, le bouclier d'Annibal, le sceau de Louis XII, quelques-uns des bijoux du trésor de Childéric.
Le verdict n'était donc pas douteux. Fossart l'accueillit cependant avec une vive indignation, et quand il sut qu'il avait quarante ans de travaux forcés, il menaça de « manger le morceau ». Il déclara qu'il n'avait forcé les serrures que pour dépister les soupçons qu'il avait les clefs de toutes les portes et de tous les meubles qu'il pourrait en dire long sur la complicité des gars Finalement, il ne dit rien du tout et mourut au bagne de Brest, où on l'avait ramené, au bout de deux ans.
Qui sait ce que nous réserve l'instruction de M. Drioux? Verrons-nous d'anciens forçats frôler, sur les bancs des assises, d'élégantes aventurières ? Le procès de la Joconde sera-t-il aussi pittoresque que celui du trésor de Childéric ? Ce procès s'ouvrira-t-il ? Autant de questions qui se pressent à l'esprit lorsqu'on évoque ces vieux souvenirs."
C'est ce qu'écrivit à l' époque le journaliste  JEAN FROLLO


A propos du trésor de Childeric

Le trésor de Childéric, qui comprenait 80 kg d'objets en or, fut volé au Cabinet des médailles dans la nuit du 5 au 6 novembre 1831, et l'or fondu pour faire des lingots On ne retrouva que quelques pièces (dont deux abeilles) dans la Seine, où on les avait jetées. Il subsiste aujourd'hui du trésor de belles gravures qui en ont été dressées lors de sa découverte, et quelques fac-similés que les Habsbourg avaient fait fabriquer. Cependant certains éléments du trésor ont été retrouvés et sont aujourd'hui exposés au cabinet des monnaies et médailles. L'inventaire des objets donnés à Louis XIV par Léopold a été mis à jour en 1978, ce qui permet de connaître réellement l'importance du vol.
Une bonne enquête à lire sur ce trésor disparu

Voir aussi le site des monnaies et médailles


Ce n'est que 3 ans plus tard que la liste des objets volés , disparus ou retrouvés fut publiée en 1834 dans un rapport"Rapport sur la bibliothèque Royale"

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Lorsqu on lit qu'il a été volé 2531 auréus en or , outre la valeur ajoutée de ces pieces anciennes, ce sont 20 kilogs d'or disparus plus 249 quinéaires d'or,  1kilog d'or?????


Il avait été volé aussi la Médaille originale du sacre de Charles X d'un poids de plus de 37 grs en  or

Dans ce tableau il est noté que des médailles des empereurs romains furent volés , mais pas de détails
J ai trouvé une description de l' un d'eux  112 grammes d or environ


Histoire d'un médaillon. - Justinien et Bélisaire, par E. BABELON. Extrait du tome LVII des Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France.

Il est question dans cette notice d'un médaillon d'or de Justinien, SALUS ET GLORIA  ROMANORUM, du poids d'une demi-livre romaine ( 112 grammes environ) trouvé, en 1751 , près de Césarée et payé alors, pour le cabinet du Roi, 758 livres 5 sols par le comte Dessallairs,
ambassadeur de France à Constantinople. Cette pièce est , l'un des 95 médaillons d'or romains qui furent volés, en 1831, au cabinet des médailles, avec tant d'autres raretés numismatiques. M. Babelon reproduit, d'après Gros de Boze, le médaillon de Justinien.
Tablant sur divers recits que nous ont conservés les auteurs byzantins des XI° et XII°siècles, le savant académicien croit pouvoir affirmer que ce médaillon fait partie de toute une série de pièces commémoratives, d'or et d'argent, que Justinien aurait fait frapper a Constantinople, à l'occasion des victoires remportées en Afrique par son général Bélisaire, sur les Vandales et leur roi Gélimer





Hadrien Rambach m'a fourni une information très intéressante , il existe un ouvrage de Henry Cohen a la BNF qui traite en détail de ces médailles volées.


 
Description générale des monnaies de la République romaine, communément appelées médailles consulaires, par H. Cohen,...
Auteur :  
Cohen, Henry (1808-1880). Auteur du texte
Éditeur :  



Rollin (Paris)


Un ouvrage très interessant pour les amateurs et qui comporte à la fin  des tableaux avec des descriptions, vous pouvez le consulter sur le site Gallica au lien suivant





Au procès qui s ouvrit le 13 janvier 1833, le président fit tout son possible pour que la  comtesse de Nays ne fut pas obligé de témoigner, mais le jury insista , elle comparut et eut un gros succès de curiosité.

Le journal des débats nous en dit un peu plus
La curiosité était vivement excitée par le désir d'entendre M' la vicomtesse de Nays; M. le président avait annoncé à la fin de l'audience d'hier que cette dame serait assignée d'après le désir manifesté par les défenseurs et les jures, si elle était encore présente a Paris.
Cette dame était arrivée longtemps avant l'ouverture de l'audience; une femme de chambre l'accompagne; sa parure est d'une élégance modeste; toutes ses manières annoncent une personne qui vit dans ta meilleure société. On peut lire d'avance sur ses traits, assez réguliers tout le déplaisir que lui cause une pareille comparution interpellée sur ses noms, âge, etc., elle déclare se nommer Delphine Jottivet,( alors qu elle se nomme Delphine Jacquot d'Andelare) vicomtesse de Nays, âgée de vingt-neufans, demeurant à Paris.

Le président : Connaissiez-vous les accusés? Mme de Nays Je connais Etieune Fossart, cetui qui a été à Bicetre; je connais Drouillet  et Drouhin je reconnais aussi Fossard fils pour m'avoir conduite à la diligence lors de mon départ pour Brest.
D. Avez-vous eu des connaissances particulières sur le vol des médailles commis à ta Bibliothèque?
R. Non, certainement 

Le président se garda bien d'ailleurs de lui poser des questions embarassantes et écourta autant que possible sa déposition.
Fossard qui fut son amant fut condamné a vingt ans de bagne et son frère a dix ans, vu leur âge cela signifiait le bagne à perpétuité.

Cependant après le procés La comtesse  quitta Paris pour la Suisse

Le frere de Fossard mourut deux ans après au bagne, mais le "grand Fossard" parvint encore a s'évader et disparut, peut être avait il rejoint en Suisse la Comtesse de Nays






Désiré Raoul-Rochette Né à Saint-Amand le 7 mars 1790, mort à Paris le 5 juillet 1854. D'un père médecin, élève du lycée de Bourges, puis, à partir de 1810, de l'École normale supérieure, bientôt professeur au lycée Louis-Le-Grand. Nommé à l'Institut par l'ordonnance du 21 mars 1816 qui pourvoyait au remplacement des régicides exclus de l'Académie. Choisi par Guizot la même année comme suppléant de son cours d'histoire moderne à la Sorbonne, il fut, à la mort de Millin, nommé par ordonnance royale du 26 août 1818 conservateur des médailles et pierres gravées du Cabinet des médailles (alors que Mionnet, le premier employé du Cabinet, était le premier sur la liste soumise au ministre de l'intérieur). Laissant à Mionnet le soin des travaux scientifiques, il ne s'intéressa qu'aux acquisitions et se consacra surtout à la chaire d'archéologie de la Bibliothèque. Nommé chevalier de la Légion d'honneur par ordonnance du 1er 7 mai1821, il fut élu en 1830 vice-président du conservatoire de la Bibliothèque, poste créé par l'ordonnance royale du 2 novembre 1828. Deux affaires allaient toutefois entacher sa réputation : celle du trésor de Berthouville et celle du grand vol de 1831. Dans la première affaire, devançant Charles Lenormant qui intervenait pour le Louvre, il agit avec Rollin, marchand de médailles et d'antiquités au Palais-Royal, un des principaux partenaires du Cabinet, confondant les intérêts du marchand et ceux du Cabinet, sans certainement en retirer un profit personnel. L'opinion publique le rendit responsable du vol de 1831 qui fut un vrai désastre pour le Cabinet. Déconsidéré, ces affaires portèrent un coup fatal à son ascension. Candidat à deux reprises à la direction de la Bibliothèque, en 1838, et en 1839, il lui fut à chaque fois préféré Jomard. De plus, en 1832 avaient été créés deux postes nouveaux au Cabinet, celui de second conservateur et celui de second conservateur-adjoint auxquels furent nommés respectivement Letronne et Lenormant. De 1832 à 1848, Letronne s'employa à le déconsidérer. Raoul Rochette fut victime de la chute de Louis-Philippe en 1848. Il fut révoqué par Carnot, ministre de l'instruction publique du nouveau gouvernement. Il conserva toutefois sa chaire d'archéologie à la Bibliothèque, mais ne revint jamais au Cabinet. G. Perrot, Notice sur la vie et les travaux de Désiré


PATERE DE RENNES

Je me suis posé la question a propos de la "Patere" car ayant été élevé chez les curés, je me suis demandé s'il n'y avait pas une erreur avec le mot "Patene" la petite assiette qui couvre le calice du pretre lorsqu on offre le saint sacrifice , mais cela ne me paraissait pas possible qu on répète une pareille erreur depuis 2 siècles???
J ai cherché et j ai encore trouvé ceci


Un article de 2017 dans Historia

Et finalement j ai trouvé une définition dans Wikimédia


Du latin patera (« coupe peu profonde »).

Nom commun 1 [modifier le wikicode]

SingulierPluriel
patèrepatères
\pa.tɛʁ\

Une patère en bronze.
patère \pa.tɛʁ\ féminin
  1. (Antiquité) Coupe de bronze ou d’argile, munie quelquefois d’un manche, dont les anciens faisaient usage dans les sacrifices.
    • Il remplit de vin une patère.
  2. Sorte d’ornement de cuivre doré, à peu près de la forme d’une patère antique, qui sert à tenir écartés et drapés les rideaux d’une fenêtre.
  3. Ornement de bois, de cuivre doré ou bronzé ou d’autre matière, généralement fixé au mur, dont on se sert pour suspendre divers objets.
    • Le boiteux suspendit son melon à la patère, […]. — (Francis CarcoL’Homme de minuitÉditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Les idées de Mallarmé sur la littérature, si profondes qu’elles apparaissent souvent, nous inquiètent en même temps qu’elles nous charment par les patères d’analogies auxquelles elles sont souvent accrochées. (Albert Thibaudet, La Poésie de Stéphane Mallarmé, Gallimard, 2006 (Première édition : 1911), p. 81)
    • La maman des poissons elle est bien gentille
      S'ils veulent prendre un petit ver
      Elle les approuve des deux ouies
      Leur montrant comment sans ennuis
      On les décroch' de leur patère
       — (Boby LapointeLa Maman des poissons)
  4. (Architecture) Ornement de forme circulaire imitant une patère antique.
    • La patère se place dans les métopes de la frise dorique.
  5. (Québec) Un portemanteau, surtout sur pied (contrairement à l’acception en France).



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Rue de la Paix en 1923

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