vendredi 10 août 2018

Quand Alexandre DUMAS s'interessait aux diamants

En 1868 Claude Framinet inventa le "Diamant américain" il partait d un "Quartz" pur et écrivait

"Le Diamant américain a tué le Diamant vrai. il réunit toutes les qualités du Diamant le plus authentique; l'œuvre du chimiste ne diffère en rien de l'œuvre de la nature. Extrait des roches californiennes, le Quartz, qui est la base du Diamant américain, ne présente à la vue, avant d'être traité par le procédé Framinet, qu'une agglomération de cristaux rugueux, incolores et sans transparence, entourés d'une croûte pierreuse. "
Claude Framinet écrivit un livre et demanda a Alexandre Dumas de le préfacer, c'est son texte que je recopie en italique  et vous présente (mes commentaires en Bleu)



Alexandre Dumas père

Vous vous rappelez peut-être qu'à propos de la mer, j'ai eu avec vous une causerie sur les perles.
Et, en effet, les perles sont les vraies filles de la mer ; les huîtres ne sont que les nourrices des perles.
Or, de perle à diamant il n'y a que la main. Une occasion se présente pour moi de vous parler des diamants ; laissez-moi vous parler de ce tyran de la mode, qui seul a le droit d'opprimer la perle.
Je voudrais vous faire l'histoire des quatre ou cinq diamants fameux, qui ont attiré les regards du monde entier et qui ont fait le désespoir des voleurs, attendu que, comme les raisins de la fable enfermés qu'ils sont dans les trésors royaux, ils étaient trop verts pour eux.
Je désire vous faire cette causerie d'autant plus étendue, que c'est presque le testament du diamant. que je vous envoie.
Tout le monde sait, depuis les expériences des chimistes du 18e siècle , et surtout depuis celles du célèbre Lavoisier, tout le monde sait, disons-nous, que le diamant n'est que du carbone cristallisé.
Ces Christophe Colomb de la science ont découvert que le diamant, exposé aux feux des fours de porcelaine, disparaissait sans laisser de traces ; il se volatilise de la même façon en l'exposant au feu de la lentille de Tschirnhausen.




En 1682, le savant saxon Ehrenfried Walther von Tschirnhaus (1651-1708) devient le premier Allemand à être admis à l’Académie royale des sciences. D’abord connu comme mathématicien, Tschirnhaus se fait un nom par ses expériences sur les miroirs et lentilles ardentes de très grande taille ainsi que par la fabrication de lentilles de verre. Ses travaux aboutiront à l’invention de la recette de la porcelaine européenne. Ses miroirs et lentilles ardentes se feront une place dans les laboratoires et les cours de toute l’Europe. Le duc d’Orléans et Lavoisier s’en serviront.

Ces expériences commencèrent par ruiner Lavoisier et plus tard furent cause de sa mort. Ruiné comme chimiste, il voulut refaire sa fortune comme fermier général, et ce fut comme fermier général qu'il eut la tête tranchée avec vingt-sept autres fermiers généraux.
Il y a dans le monde cinq ou six gros diamants. Chacun de ces diamants a l'histoire de son origine plus ou moins pittoresque. Mais avant d'entreprendre cette généalogie, il faut que nous prévenions le lecteur que le prix des diamants varie selon la forme, le degré de transparence, la pureté et la grosseur de la pierre.
La transparence du diamant doit être égale à celle de l'eau; quand on dit : un diamant d'une belle eau, on veut dire un diamant d'une limpidité parfaite.
Inutile de dire que les diamants deviennent plus rares et plus chers au fur et à mesure qu'ils augmentent de grosseur.
Ainsi, supposez un diamant de belle eau, estimé 1,000 fr. ; un autre, aussi parfait, ne coûtera pas, s'il est dix fois plus gros, 10,000 francs, comme il serait logique de le croire.
C'est qu'en matière de pierre précieuse, un diamant dont le diamètre est le double d'un autre doit coûter soixante-quatre fois autant ; s'il est triple, sept cent vingt-neuf fois, et, s'il est quadruple, quatre mille quatre- vingt-seize fois.

De nos jours comment calculer le prix d un diamant? le rapaport:
http://www.diamants-infos.com/taille/calcul-prix.html

Le plus gros diamant qui existe est, sans contredit, celui de l'empereur du Brésil; il pèse 1,730 carats; il vaudrait un prix inestimable, 1 milliard peut-être, s'il n'était atteint de quelques défauts qui affaiblissent son éclat et qui l'ont même fait traiter de topaze blanche par quelques lapidaires de mauvaise humeur.
Après le diamant de l'empereur du Brésil, vient immédiatement celui du grand Mogol; il pèse 279 carats, 

Le grand Mogol est un diamant  aujourd'hui disparu. Il faisait partie du trésor de l'empire Moghol, comme le Trône du Paon et le diamant Koh-i-noor  Ce diamant bleu clair serait, avec 280 carats le cinquième plus gros diamant historiquement connu.

aujourd'hui que la reine d'Angleterre, à qui il appartient, l'a fait tailler. Avant d'être taillé, il pesait un tiers de plus; on l'appelle Kohinoor, en langue hindoue, ou Montagne de lumière.



Petite erreur de Alexandre Dumas Père:Le Koh-i Nor ou Kuh-e Nûr ou Koh-i-Noor (en Persan : کوه نور, montagne de lumière) est un diamant de 105,602 carats soit(21,61 g) car il a été retaillé actuellement monté sur la couronne de la famille royale Britannique

L'ouvrier mineur qui le trouva comprit, en le voyant rouler à ses pieds, qu'il y avait là la fortune d'un prince ; mais, comme en sortant des mines, les ouvriers sont, comme les forçats, fouillés jusqu'aux endroits les plus secrets, celui-ci se fit d'un coup de hache une blessure longitudinale à la cuisse, y cacha le diamant, banda sa cuisse avec son mouchoir, et grâce à cette blessure grave et au sang dont il était couvert, sortit de la mine sans être visité.
La Montagne de lumière fut vendue 100,000 francs d'abord, puis elle passa de main en main, s'augmentant toujours, jusqu'à ce qu'elle s'arrêtât dans celles du grand Mogol, qui la paya un peu plus de deux millions.
Celui qui vient après, et qui même aurait peut-être le droit de venir avant, fut apporté en Europe par un soldat français en garnison à Pondichéry.


 Photographie de Elkan Wijnberg

On appelle ce diamant l'Orloff et il appartint à la couronne de Russie. 
L'Orlov (quelquefois écrit Orloff) est un grand diamant dont la forme et les proportions sont celles de la moitié d'un œuf de poule. Cette pierre a été volée au xviie siècle à Mysore dans un temple Hindou en Inde du sud, puis achetée par Grigori Orlov pour l'offrir à Catherine II de Russie. Le diamant est maintenant exposé à la fondation du diamant au Kremlin, où il orne le Sceptre Impérial.


Le régent

Le Régent, ainsi nommé parce qu'il fut acheté par le duc d'Orléans à l'époque de sa régence, pèse cent trente sept carats, 

Le Régent est un diamant blanc découvert en 1698 à golconde  en Inde du Sud. Il tient son nom du régent Philippe d'Orleans l'un de ses premiers acquéreurs. Une des pierres précieuses les plus remarquables parmi les joyaux de la couronne de France  considéré comme le diamant le plus pur et le plus beau du monde, arboré entre autres par le roi Louis XV, la reine Marie Antoinette et l'empereur Napoleon Ier il est conservé depuis 1887 au Musée du Louvre.(wikipédia)



Reste le Sancy.



Le Sancy était une des trois pierres précieuses que Charles le Téméraire portait sur son casque à la bataille de Nancy ; les deux autres étaient un rubis et une émeraude.
Un coup de masse les fit sauter du casque.
Le rubis et l'émeraude furent perdus. Un soldat suisse trouva le diamant et le vendit à un prêtre pour un florin.
Il passa des mains du prêtre dans celles d'Antoine, roi de Portugal, qui, fuyant de ses États et errant en Europe, s'en défit dans un moment de gêne pour cent mille francs que lui compta Harlay de Sancy, trésorier général de France.
. De là vient que le diamant prit le nom de Sancy.
Harlay de Sancy fut envoyé comme ambassadeur en Suisse. 
Il se trouvait à Soleure, lorsque Henri III lui écrivit :
« Envoyez-moi votre diamant par un homme sûr, afin que je m'en fasse une ressource d'argent. »
Le domestique qui, en effet, était un homme sûr, dit à son maître en partant :
Si je suis arrêté par des voleurs  j'avalerai le diamant. Ou les voleurs me. tueront et alors vous demanderez mon corps ; ou ils me laisseront passer et alors .le 'diamant arrivera à sa destination.
Le domestique partit avec le diamant, fut attaqué par des voleurs, l'avala, et fut tué d'un coup de poignard.
Sancy fit revenir le corps de son fidèle serviteur, en fit faire l'autopsie et retrouva le diamant.
Cette pierre précieuse, qui pèse cent six carats, fut vendue par Henri III, à qui Sancy la renvoya, à des juifs allemands, chez lesquels on la perd un instant de vue. On sait seulement qu'en 1668, le Sancy appartenait à Jacques II qui le vendit à Louis XIV. Louis XV le porta à son couronnement, puis pendant cent ans il disparaît, puis enfin il est vendu au grand veneur de l'empereur de Russie, qui le paye cent mille roubles, c'est-à-dire deux millions.
A l'époque où je fis Monte-Cristo, voulant introduire une empoisonneuse dans mon roman, je me mis avec acharnement à faire de la chimie avec mon ami le vicomte de Ruolz.
Il avait déjà, à cette époque, trouvé l'argenture et la dorure sur métaux.
Il portait d'habitude, à sa cravate, un petit diamant qu'il avait fait lui-même en cristallisant du carbone.
Seulement, comment la transmutation s'était elle opérée? Il n'en savait rien lui-même. Un beau jour, dans le creuset abandonné depuis près de trois semaines, le diamant, gros comme un grain de chènevis, s'était trouvé tout formé. Sous quelle condition de chaleur factice, sous quel rayon d'ardent soleil la transmutation tant cherchée au grand jour s'était-elle mystérieusement accomplie? Il n'en savait rien lui-même, mais le fait était là.
Ce diamant fut estimé 80 francs.
Ici, vous le comprenez bien, la discussion n'est point dans la grosseur du diamant, mais dans le fait de sa mutation de carbone en cristal; il est évident qu'un jour ou l'autre on fera du diamant artificiel et que dans cette recherche M. Desprez a déjà obtenu des résultats remarquables.
Le grand malheur de l'alchimie, qui a préparé tant de découvertes précieuses à la chimie sa fille, est de s'être occupée de la transmutation de l'or, transmutation impossible, puisque l'or est un corps simple. Il est évident que si les grands alchimistes avaient usé à essayer de faire du diamant autant de temps qu'ils en ont usé à essayer de faire de l'or, ils eussent incontestablement réussi.
Maintenant un homme qui n'est aucunement chimiste vient de trouver, non pas la mutation du carbone en diamant, mais un diamant nouveau, aussi beau, aussi pur que les plus beaux et les plus purs diamants sortis des mine de l inde et du brésil.
Le nom de la pierre, du cristal, du quartz, du mica, d'où il le tire, est un secret. Le plus habile lapidaire s'y trompe.
Cet homme, s'il eût été un fripon, faisait sa fortune du coup. Une paire de boucles d'oreilles vendue par lui à un capitaine au long cours pour la somme de vingt francs, a été vendue par celui-ci au premier lapidaire de New- York pour la somme de vingt dollars.
Mais ce n'est pas une erreur, ce n'est pas sur une spéculation déloyale que l'intelligent inventeur a établi ses espérances de bénéfices. Il sait combien de vols de diamants ont été accomplis, et, les diamants une fois volés et surtout une fois démontés, quelle est la presque impossibilité de les reprendre aux voleurs.

Il y a eu, depuis cent ans, trois fameux vols de diamants.



Le premier est celui des diamants de la couronne, fait au Garde-Meuble en 1792.
Un décret de l'assemblée avait ordonné que l'inventaire des diamants de la couronne fût fait. On avait l'habitude à cette époque de les exposer, depuis la Quasimodo jusqu'à la Saint-Martin, le premier mardi de chaque mois.
Après les journées du 10 août et du 2 septembre, on craignit pour ce riche dépôt, puis il fut enfermé, et la commune de Paris, qui avait la gérance du domaine de l'état, mit les scellés sur les armoires dans lesquelles étaient déposés la couronne, le sceptre, la main de justice, les autres ornements du sacre, enfin la chapelle d'or léguée à Louis XIII par le cardinal de Richelieu; plus, la fameuse nef d'or pesant 600 marcs.
A ces objets était jointe une quantité prodigieuse de vases d'agathe, d'améthyste, de. cristal de roche, etc., etc.
Tous les trois jours, Sergent et deux autres commissaires de la commuue faisaient une visite au Garde- Meuble.
Le 17 septembre, à peine entrés dans le Garde-Meuble, ils s'aperçurent que des voleurs s'étaient introduits en escaladant la colonnade, avaient brisés les scellés, forcé les serrures et enlevé le trésor.
Aucune trace de leur passage n'était restée. On fit de nombreuses arrestations, mais qui n'amenèrent aucun éclaircissement.
Un jour, vers le 24 septembre, Sergent reçut une lettre anonyme qui lui indiquait qu'une partie des objets volés était enfouie dans un fossé de l'allée des Veuves.
Sergent prévint ses collègues. Une fouille fut faite, et l'on retrouva le diamant le Régent et la coupe connue sous le nom du calice de l'abbé Surger.
Beaucoup de bruits coururent à cette époque ; les uns dirent que le vol avait été fait au profit des émigrés, les autres que l'argent provenant du vol avait servi à payer l'insurrection de la Vendée qui devait éclater le 10 mars suivant.

Le second vol de diamants qui a laissé un souvenir dans la société parisienne est celui de la princesse Santa- Groce, née Belmonte-Pignatelli et veuve d'un prince romain.
Elle s'était réfugiée en France à la suite des revers éprouvés par nos armées en Italie pendant que Bonaparte faisait la conquête de l'Égypte.
Mme Santa-Croce, très-riche, tenait en exil une petite cour. Au nombre des famillières de la princesse se tenait une Mme Goyon des Rochettes, veuve d'un ancien gouverneur de Longwy et passant pour être mariée au comte Lamparelli, également exilé.
Un certain marquis de Loïs, nouvellement rayé de la liste des émigrés et de retour à Paris depuis un mois, vit à l'Opéra la princesse couverte de ses diamants, et près d'elle une très jolie femme qui n'était que Mme Lamparelli.
Alors vint au marquis de Loïs cette méchante idée de faire sa maîtresse de Mme Lamparelli et de se servir d'elle pour voler les diamants de la princesse.
Au bout de huit jours la moitié de la besogne était faite; restaient les diamants.
On s'associa deux voleurs de profession nommés Bisson et Fresneau, et un soir que la princesse dînait chez l'ambassadeur d'Espagne, le vol fut consommé.
Les deux voleurs, en possession des parures de la princesse, se rendirent immédiatement chez un joaillier du Palais-Royal connu parmi les voleurs pour acheter les objets de provenance suspecte.
Le joaillier commença par voler les voleurs d'une assez singulière façon : parmi les diamants, il y en avait un de la grosseur d'une noisette qui valait 10,000 francs; le joaillier avait par hasard en imitation, un morceau de cristal taillé, de la même grosseur et du même aspect ; il escamota adroitement le vrai diamant, après l'avoir démonté, parut examiner l'autre avec attention, déclara que le diamant était faux, et comme preuve, il l'écrasa d'un coup de marteau.
Les voleurs ne reçurent donc qu'une somme de 15,000 francs qu'ils partagèrent loyalement avec ceux qui leur avaient fait faire le coup, puis il disparurent.
Le joaillier du Palais-Royal avait gagné à lui seul 150,000 francs.
Des recherches furent faites, mais d'abord sans résultat aucun. La princesse était loin de soupçonner sa meilleure amie et le marquis de Loïs d'être complices d 'un pareil vol : mais voici ce qui arriva :
Fresneau et Bisson avaient trouvé dans une armoire du galon d'or à livrées ; ils s'en étaient emparés.
Pensant que dans un vol aussi important que celui des 300,000 francs de diamants, on ne ferait aucune attention à un mètre ou deux de galon, ils allèrent pour le vendre à un fripier.
Mais les galons étaient portés sur le catalogue des objets soustraits qui avaient été affichés et distribués à profusion. Le fripier les reconnut, fit arrêter les voleurs, et, grâce à leurs révélations, tous les coupables furent bientôt entre les mains de la justice.
Le marquis et le joaillier furent condamnés à douze ans de fer ; Mme Lamparelli à douze ans de réclusion.
Elle et le marquis moururent sans avoir eu le temps de subir leur peine.
Le joaillier sortit en 1813 du bagne de Rochefort. 


Mademoiselle Mars.jpg

Tout le monde se rappelle le fameux vol des diamants de Mlle Mars.

Anne-Françoise-Hippolyte Boutet, dite Mademoiselle Mars, est une comédienne française, née le 9 février 1779  à Paris où elle est morte le 20-mars-1847
Les diamants les plus connus sont ceux des actrices. Quoique forts nombreux, ceux de Melle Mars avaient paru si souvent devant le public, que le public eût pu, presque aussi bien qu'elle, en faire le catalogue.
Je me rappelle très-bien les détails de ce vol parce qu'il fut fait le t9 octobre 1827, quelques jours après la lecture au Théâtre-Français de mon drame de Christine, qui m'avait, d'une façon un peu plus familière ouvert les portes de l'hôtel de MIlB Mars.
Elle avait pour femme de chambre une Suissese, née à Orbes et nommée Constance Richard; cette femme de chambre était mariée avec un nommé François-Jean Mulon, qu'à cause de son teint bruni, on appelait familièrement Scipion l'Africain.
Mlle Mars avait la plus grande confiance en Constance; c'était elle qui était chargée de porter au Théâtre-Français et d'en rapporter le coffret renfermant toutes les parures de Mlle Mars, lesquelles pouvaient atteindre une valeur de 450 à 500,000 francs.
Le 19 octobre 1827, Mlle Mars, qui ne jouait pas, dînait chez Mme Armand, femme du sociétaire du Théâtre- Français, bien connu sous ce nom, avec lequel il a, pendant soixante ans, joué les jeunes premiers et les amoureux.
Vers onze heures du soir, Armand, qui n'avait pas dîné avec ces dames, entra, s'approcha de Mlle Mars et lui dit :
Ma chère camarade, armez-vous de tout votre courage; j'ai une mauvaise nouvelle à vous apprendre.
Pourvu qu'il ne soit rien arrivé à ma bonne mère ou à mon beau-père, l'excellent 
Walville, vous pouvez tout me dire, mon cher Armand, répliqua avec calme Mlle Mars.
Tranquillisez-vous, il ne s'agit que d'une perte d'argent : vos diamants sont volés.

Mlle Mars n'était pas très-riche à cette époque; une perte de 500,000 francs, douloureuse pour tout le monde, l'est encore plus pour une artiste, surtout lorsqu'elle porte sur des bijoux dont elle se sert tous les jours.
Mlle Mars jeta un cri, demanda ses chevaux et partit.
En arrivant chez elle, Mlle Mars trouva le commissaire de police qui verbalisait.
C'était Constance elle-même qui, pour dérouter les soupçons, avait dénoncé la disparition de la cassette qu'elle avait remise à son mari. Aussi personne ne songeait à elle, lorsque des nouvelles arrivèrent de Genève et dénoncèrent le coupable.
Mulon avait démonté les diamants, et des parures il avait fait un lingot d'or, qu'il avait voulu vendre à un orfèvre à son arrivée à Genève.
Le vol de diamants avait été relaté sur tous les journaux. L'orfèvre genévois se douta de quelque chose; il fit arrêter Mulon. Déjà quelques soupçons planaient sur lui : on avait su qu'il avait quitté précipitamment Paris et qu'il avait changé, avant de partir, deux billets de banque pour de l'or.
Outre les diamants, deux billets de banque avaient été volés : c'était évidemment ceux-là que Mulon avaient changés avant de partir. Mais Mulon arrêté, les diamants ne se retrouvaient pas : il prétendait les avoir jetés, en passant, dans le Rhône, de peur d'être poursuivi et dénoncé par eux.
Un hasard providentiel empêcha qu'ils ne disparussent. Mulon avait été arrêté et conduit à la prison, tel qu'il était vêtu lors de sa visite chez l'orfèvre. Une fois en prison, il demanda ses vêtements et surtout ses bottes.
Cette insistance à demander ses bottes inspira des soupçons à l'agent chargé de transporter la garde-robe au cachot de Mulon, il fouilla dans les bottes et y trouva les diamants. Il n'y avait plus à nier. Il s'agissait de l'extradition. On fut deux mois à la solliciter du  
gouvernement suisse.
Amené en France, Mulon fut jugé à Paris le 31 mars 1828.
Devant le tribunal il fut convaincu et finit par avouer.
Voici comment le vol s'était opéré : Du moment où il fut convenu, Constance ouvrit chaque soir une fenêtre du rez-de-chaussée qui communiquait avec la rue de La Roçhefoucauld. Mulon, qui se promenait de long en large dans la rue, s'approchait de la fenêtre où Constance lui disait : « Impossible ! madame dîne à la maison. »
Enfin, le jour où Mlle Mars dîna chez Armand, Constance tendit la main à son mari qui escalada la fenêtre, armé d'une pince, fit sauter la serrure du meuble qui renfermait le coffret, prit les deux billets de banque qui se trouvaient dans le secrétaire et sortit par le même chemin par où il était entré.
Mulon et sa femme furent condamnés chacun à dix ans de travaux forcés.
Le premier subit sa peine au bagne, où nous allons le retrouver tout à l'heure; quand à Constance, les portes de Saint-Lazare ayant été forcées à la révolution de 1830, elle en profita pour s'évader.
Mlle Mars avait alors cinquante-trois ans; tous les journaux racontèrent, qu'interrogée sur son âge, suivant l'habitude, par le président, elle avait répondu à voix basse d'une façon presque inintelligible : Trente-neuf ans!
La chose est possible.
Cette publicité donnée à l'âge d'une femme, qui représente tous les soirs des ingénues, des amoureuses et des jeunes premières, devait être redoutée de l'illustre comédienne ; mais tous ceux qui ont fréquenté sa maison avec une certaine familiarité, ont vu dans son salon un petit meuble de Boulle qui avait été donné à sa mère par Marie-Antoinette. La mère de Mlle Mars était accouchée le même jour que la reine.
Marie-Antoinette fit un cadeau à toutes les femmes de France accouchées le même jour qu'elle. Ce petit meuble de Boulle portait la date de la naissance de Mlle Mars, laquelle remontait, comme celle de la duchesse d'Angoulême, à 1778.
Or, jamais Mlle Mars n'a cherché à cacher son âge à ses amis.
En 1834, visitant le bagne de Toulon, je m'entendis appeler par mon nom.
Je me retournai.
Celui qui m'appelait était un forçat tenant une petite boutique de coco sculpté, de paniers en pailles et d'autres bimbeloteries telles qu'on en fait au bagne.
J'allai à cet homme, tout étonné de ma popularité, qui était descendue jusque chez les bonnets rouges.
Cet homme avait l'air parfaitement heureux ; il m'accueillit avec un sourire joyeux, me laissa quelque temps fixer les yeux sur lui et me dit :
Allons, je vois bien que vous ne me reconnaissez pas.
Je dois avouer, répondis-je, que je ne me rappelle pas où j'ai eu le plaisir de vous voir.
Oh ! je m'en rappelle bien, moi, dit-il. C'est chez Mlle Mars que je vous ai vu.
Ah ! fis-je, en effet.
Oui, oui, dit-il en riant. C'est moi qui lui ai volé ses diamants.
Il paraît que vous ne vous repentez pas trop de l'affaire ?
Ah! non, monsieur, et je ne changerais pas ma place contre celle de cocher, que j'avais à ce moment-là.
Vraiment!
D'abord, monsieur, ici, je suis on ne peut plus considéré; il n'y a pas une personne qui vienne, qui ne dise aux surveillants : « Montrez-moi donc Mulon, celui qui a volé les diamants de Melle Mars. »
Alors les personnes viennent et me font mille politesses; je leur donne des détails sur le caractère de Melle Mars, çà les intéresse.
Elle n'était pas bonne, vous savez, Melle Mars.
Le fait est qu'elle avait ses jours.
Oui, qui venaient plus souvent que tous les dimanches.
Voyons, qu'est-ce que vous allez m'acheter, monsieur Dumas?
Montrez-moi vos bibelots.
Je lui achetai en effet pour une dizaine de francs. Nous causâmes un quart d'heure. Ce drôle-là .avait connu tous ceux qui venaient chez Melle Mars, et par conséquent tout notre monde artistique. Je comprends que sa conversation devait avoir un certain intérêt pour le public voyageur, toujours inquiet d'anecdotes;
En 1834, époque où je le vis, il n'avait plus que quatre ans à faire; mais lorsque son jour de sortie fut arrivé, ce fut lui qui ne voulut plus sortir, il avait amassé pendant ses dix années de bagne, dans son commerce de chinoiseries, une dizaine de mille francs. Libre et sortant, pouvant compléter son étalage, il espérait gagner le double . Gomme il s'était très bien conduit pendant ces dix ans de bagne, je crois que la permission lui fut accordée d'y rester dix autres années.




1880 Journal du Loiret

Eh bien, voilà ce qui arrivera, quand on connaîtra les imitations de M. Framinet :
C'est qu'on aura, pour la satisfaction de. son amour- propre, des. diadèmes, des colliers, des bracelets, des boucles d'oreilles en vrai diamant qui resteront soigneusement enfermés dans quelque endroit inaccessible aux voleurs et que l'on montrera à ses amis. Ces diamants véritables seront imités à s'y méprendre par les diamants feux Framinet. Une parure de trois mille francs fera l'effet d'une parure de cent mille, et ceux-là que les femmes du mondé mettront pour aller au bal, et les artistes dramatiques pour aller au théâtre. 




Les voleurs s'y tromperont d'autant mieux, que, moi, qui croyais me connaître en diamants, suis resté ce matin dans une hésitation de quelques minutes pour reconnaître à la loupe, au milieu d'une boite de bagues, les bagues portant des diamants faux des bagues portant des diamants vrais, et je le répète, parce que c'est là où est ma conviction, c'est pour le théâtre surtout que cette invention si remarquable va être utile.
Les artistes qui ont de vrais diamants tremblent toujours pour leurs pierres; elles ont peur du coiffeur qui entre dix fois par soirée dans leur loge ; elles ont peur de leur femme de chambre, chargée du soin de la précieuse- cassette; elles ont peur de tout et même des amies qui viennent les voir.





Plus de craintes pareilles : qu'elles fassent monter ces nouveaux diamants, et je défie, si la monture et l'écrin sont absolument pareils, qu'elles distinguent elles-mêmes l'écrin qui renfermera la parure de 500 fr. de celui qui renfermera la parure de 100,000.
Eh bien, quand les voleurs ne seraient retenus, ne pouvant distinguer les diamants vrais des faux que par la crainte de voler de faux diamants au lieu de vrais et d'aller aux galères pour un vol de cinquante francs, cette invention, il me semble, aurait déjà rendu un grand service à la société, en jetant le doute dans l'esprit de ces illustres industriels.
Puis, au point de vue moral, une jeune fille belle et sans fortune débute, et presque toutes débutent dans ces conditions ; elle a besoin pour ses débuts de colliers, de bracelets, de bagues, de peignes, de bijoux enfin; elle craint d'être ridicule en portant des bijoux visiblement faux; elle craint d'être compromise en portant des bijoux vrais. Du moment où il sera impossible de distinguer les bijoux vrais des faux, elle  achètera des bijoux faux, et ce ne sera dix ou vingt mille francs qu'il faudra pour ses débuts , ce sera trois ou quatre cent francs

Signé Alexandre Dumas.

Notre grand alexandre Dumas fut quand même abusé car Framinet vendait apparemment du verre au plomb 



Et dans le courrier des hotels et guide du commerce en 1871 il est enregistré "Bijouterie fausse"

En 1893 Framinet vendit son affaire à un dénommé De Bluzze qui avait encore plus que lui le sens de la réclame"....plus c'est gros.....".



Ci-dessous texte publicitaire  qui de nos jours serait interdit


Cela me rappelle les émeraudes Gilson, qui reconstituait à partir de vilaines émeraudes des émeraudes pures, plus belles que les vraies (enfin, c'est ce qu il disait!!!)


Rue de la Paix en 1923

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